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Vive le Temps des Fêtes ! Même si...

Posté le 23/12/2015

Vive le Temps des Fêtes ! Même si... Marie-Josée Aubin

 

 

Marie-Josée Aubin est la mère aux mille talents. Éducatrice de profession et maman de deux garçons autistes de 8 et 10 ans, c'est avec humour qu'elle partage pour notre plus grand bonheur, quelques bribes de son quotidien de maman différente..

Sans blague, j'adore le temps des fêtes. La veille des grandes vacances, quand professeurs et enfants s'enlacent en se souhaitant un joyeux Noël, les uns avec les traits tirés et les autres avec les joues rouges d'excitation. Ce n'est pas mêlant, je me jouerais un air de Beau Dommage en boucle tellement ça me rend joyeuse. 23 décembre, joyeux noël monsieur Coté, salut ti-cul...

Vous pensez sûrement que je suis une fanatique de la thématique de ''nouelle'', que mon sapin est paré depuis déjà des semaines. Que je passe mes dimanches matins à rouler de la pâte à tourtière avec des boules de Noël accrochées aux oreilles. Vous serez alors bien débité d'apprendre que tout ce que je viens de vous énumérer ne m’intéresse nullement.

S'accorder un petit moment d'arrêt, tout le monde en même temps, voilà ce qui me rend si heureuse. Zéro pression, sous la couette de plume. Avoir le loisir de prolonger les matinées avec comme seul souci, de savoir s’il y a assez de lait pour les céréales du matin. Allonger les heures vêtu d'un simple pyjama. Sortir emmitouflé, tard en après-midi, pour aller marcher sur un lac gelé. Regarder les enfants jouer avec leurs nouveaux présents. Manger des rôties et boire du chocolat chaud en guise de souper. J'en veux tout plein de ces moments, telle une boulimique de temps. Du temps à nous. Du temps permis. Du temps blanc, comme la neige et comme le froid. Je nous veux au diapason avec la saison. Enfin! C'est un vœu.

Par contre, avant ce repos tant attendu et tellement mérité, il faut passer au travers de cette longue journée qu'est le 25 décembre. 24 heures vous dites ? Ce n'est pas 32 ? Je vous le jure, ici dans mon monde, Noël dure plus de 24 heures !

Évidemment la veille, pareille à tous mes semblables, dans ma chaumière, les préparatifs vont bon train. Les biscuits, sans œufs et produits laitiers, allergies obligent, sortent fumants du four et embaument la maison. Les garçons sont occupés à fabriquer un piège à lutin, pour ainsi protéger leurs futurs butins. À la cuisine, le plancher est quelque peu enfariné et des boites de carton traînent dans chaque recoin. Sous chacune de celles-ci, trônent en traîtres les alléchants biscuits qui perdront le pauvre lutin.

Brandon et Jeffrey sont excités comme des puces. La lutte pour trouver le sommeil n'est pas gagnée d'avance. Heureusement, la carte du dodo obligatoire pour le passage du Père Noël, fonctionne encore ici. Un dernier tour de piste avant que les enfants abdiquent et se glissent sous les draps. Une assiette sur la table, bien garnie de biscuits, accompagne le verre de lait de soya au chocolat. Trois pièges à lutin, prêt à se refermer sur celui qui aura le malheur de s'y engouffrer. La nourriture pour les rennes a été distribuée à la volée devant la maison, sur le talus enneigé. Tout est prêt !

Presque onze et neuf ans et la magie opère encore. Est-ce le fait de leur différence ?  Le beau et l'imaginaire collent-ils plus longtemps aux semelles de mes petits cocos ? Leurs petites bulles respectives semblent avoir tenu le coup, les railleries des autres enfants ne semblent pas avoir altéré la belle candeur qui sied si bien à mes garçons.

Je vous ai dit plus tôt que j'avais la ferme impression que la journée du 25 décembre durait beaucoup plus de 24 heures, mais en fait c'est qu'elle commence très tôt.

 

5h30 heures am, deux petits lutins, en fait trois si on compte celui que mon plus jeune tient par une jambe, se lancent dans notre lit. On nous balance des bas de Noël bien garnis. Sans égard pour ma personne, Jeffrey vide son butin tout d'un trait, sur mon ventre en hurlant :

- Regarde maman ! On n'a attrapé le lutin.

 

Et voilà que celui-ci est projeté à travers la chambre. Bien fait pour lui, la prochaine fois, il choisira mieux sa famille.

Toutes sortent de petits objets trônent à la fois sur mon mari et moi ainsi que sur la couette sous laquelle nous coulions une nuit paisible il y a encore quelques minutes à peine. Mes petits gnomes semblent tout à fait heureux de ces petits riens qui garnissaient leurs bas. Après avoir été, déchiré, coupé, décollé, déchiqueté, ce qui recouvrait les présents des garçons gît çà et là à travers le grand lit. Les enfants ont déserté, trop occupés à aller étrenner leurs nouveaux bidules. Le calme enfin, vraiment ?

Pourtant, il faut bien se lever. Il y a le jambon à faire mijoter, des truffes à confectionner et des cadeaux à emballer.  Le café corsé a tôt fait de me rendre fonctionnelle et efficace. Les enfants s'amusent ferme pendant que j’entends leur papa s'activer sur le papier d'emballage. Tout est parfait !

Pour la grande fête qui les attend, les enfants sont prévenus : la douche sera non négociable et chaque région sera scrupuleusement nettoyée. Oreilles, ongles, molaires, tout y passe. Les garçons rechignent, mais se sentant près de l'ultime récompense, se prêtent au jeu. Les voilà, mignons comme tout, endimanchés et coiffés. La ripaille est bien logée dans le coffre de la voiture, les cadeaux tiennent tous dans le panier d'osier, c'est donc un décollage. Vers l'infini et plus loin encore ! Terrebonne here we come !

Le pont est bloqué… je devrais dire, le pont est encore bloqué. Nous sommes partis depuis bientôt une heure et sommes à peine à quelques kilomètres de la maison. Les enfants s'impatientent, ils ont chaud, envie et faim. Le classique quoi ! Le ton commence à monter et les baguettes à se faire aller.

Résolue à faire cesser la guerre dans les tranchées arrières, exaspérée je demande à mon aîné de changer de place avec moi... tout ça en roulant. Ok ! Ce n’est pas prudent. Mais c’est encore moins prudent de les laisser se chamailler entre eux. Notre patience n'est plus ce qu'elle était. C'est donc cul par-dessus tête que je prends place près de mon plus jeune, en maugréant qu'il y aura des conséquences. Lesquels et quand ? Comme trop souvent, faute de moyen, ces menaces ne seront que du vent. Comment saboter son autorité auprès de ses enfants, je sais. Le reste du voyage se passe sans autres anicroches, si ce n'est d’autres que nous ayons en temps, fait le voyage entre Montréal et Tadoussac. Et j’exagère à peine.

Arrivés à destination, Papi et Mamie accueillent leurs petits chérubins à bras ouverts. Comme les câlins et les épanchements ne sont pas l’apanage de mes coquins, c'est en quémandant un colleux que les grands-parents tentent de répondre à leurs besoins. Pas facile d’expliquer que ce qui passe pour de l'indépendance dans les faits n’en est pas. Mes cocos auront à expliquer le phénomène de surstimulation, probablement toute leur vie durant.

Après quelques heures à entendre parler fort, dans une cacophonie totale et, suite à quelques tentatives d'être en relation avec tout ce beau monde, Brandon abdique. Caché dans un coin, il ne veut ni venir manger ni parler à qui que ce soit. Il arbore un air boudeur, l'air de dire Il est ou le Père Noël que je me tire au plus vite. Quant à Jeffrey, il est passé au mode diable de Tasmanie courant sans but à travers les pièces et renversant des objets sur son passage. Deux manières très différentes de gérer les stimulations sans qu'aucune ne soit de bon augure.

Il est ou ce foutu Père Noël ? Il est à boire, tranquillos, sa bouteille de bière en discutant avec ses oncles et tantes. Je lui jette un regard mauvais en tentant de faire passer le message.

- Le Père Noël doit être à la veille d'arriver certain, hein, mamie ?

 

Mamie saute sur ses pieds, le signal est donné, mon intervention a fait son effet. Le grand neveu disparaît mystérieusement et Ta la lam ! Notre vieil ami fait son entrée, oh que ouiiiiii !

Les cadeaux sont distribués à la vitesse de l'éclair, Brandon se voit affublé d'un paquet deux fois grand comme lui. Il le porte au loin, sous l’œil attendri des parrains et marraines qui, ce n'est pas un secret de polichinelle, ne sont pas étrangers à ce cadeau. C'est avec empressement que mon aîné déchire le papier, en criant :

- C'est ma guitare électrique ! C'est ma guitare électrique !

 

Un sourire se dessine sur le visage de mon beau-frère, mais, quelques secondes plus tard, c'est plutôt de la stupeur qu'on peut y lire. Mon grand pleure dans un coin. La boite ne contient qu'une guitare, pas d’amplificateur ! Quel Père noël imbécile, comment n'a-t-il pu offrir qu'une guitare, toute nue. Mon grand est inconsolable et mon homme et moi mourrons littéralement de honte. Nous nous confondons en excuses, notre coco est fatigué, il va être content demain, bref nous tentons de lui sauver la face. Les autres semblent comprendre, on nous rassure, il faut s'y attendre me dit-on… Brandon est différent.

Du côté de Jeffrey, les choses ne sont guère mieux. Une boite de Légo éventrée jonche le sol. Une douzaine de petits sacs transparents ayant déjà contenu des centaines de petites pièces sont maintenant vident. Un jeu de cherche et trouve, nous attend mon mari et moi.

Des joueurs ? Il faudra bien des paires d’yeux pour réunir les quelques centaines de pièces requises pour construire le vaisseau promis.

Aie gang ! promettez-moi d'ajouter ce jeu de groupe à l'horaire l'an prochain. Je suis cynique, évidemment.

Il est maintenant près de 21 heures, mon grand babounne encore dans son coin et l'autre court toujours après on ne sait quoi, de pièce en pièce. Les adultes se mettent en place, les jeux, les vrais, vont débuter. Bien que je ne sois pas une amatrice, je m'installe pour une partie de La guerre des clans question de donner une raclée aux hommes.

- Mamaaaannnnnn !

 Cri mon petit avec toute la puissance dont il est capable.

J'accours et constate la plante renversée au sous-sol. Il fallait s'y attendre. Maintenant à l'étage inférieur, loin du vacarme, je perçois la respiration sifflante de Brandon. Merde ! Les pompes sont demeurées à la maison.

- J'ai vraiment de la difficulté à respirer maman. C'est à cause de ma grosse peine. Je veux ma pompe.

 

Nous y voilà, quelques minutes plus tard, tous nos bagages rangés dans le coffre arrière. Comme l'état de Brandon se détériore rapidement, c'est vers l’hôpital Ste-Justine que nous dirigeons notre convoi. Dans la salle d'observation, chanceux que nous sommes, nous reverrons le père Noël pour une deuxième fois de la journée.

- Vous m'avez rapporté mon amplificateur Père-Noel ?

Quand je vous disais que cette journée avait 36 heures.

Passez de joyeuses fêtes et profitez des vacances !

 

Marie-Josée Aubin

Collaboratrice, consultante et blogueuse Le spectre de l'autisme... un outil complet et gratuit à portée de clic.

Blogue - Autisme - Temps des Fetes - Marie-Josee Aubin

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